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26 avril 2010

Et le premier prix va à...

Voici le texte gagnant de notre concours de nouvelle.

Le texte a été écrit par Lucie Jean, étudiante en technique de comptabilité et de gestion.

Elle se mérite une carte prépayée d'une valeur de 30$.

Sous les doigts de Magalie

Joey était assis sur une chaise peu confortable en plein milieu d’une grande salle divisée par des paravents. Magalie, assise devant lui, ne réussissait pas et commençait à paniquer. Joey ne bougeait pas. Il s’était porté volontaire, il n’avait donc pas son mot à dire sur la lenteur de Magalie.

-Non, attendez. Plus bas.

Joey tenta désespérément de guider Magalie malgré tout. Il était volontaire, oui, mais il n’avait pas dix jours non plus. De plus, il se sentait mal pour Magalie. Plus c’était long, plus c’était gênant, pour les deux. Et Magalie ne trouvait toujours pas. Elle avait beau déplacer ses doigts, changer de main ou s’arrêter quelques secondes pour recommencer, elle n’y arrivait pas.

Joey soupira. Il se demanda si respirer plus fort n’avait pas anéanti toutes les chances que Magalie aurait eues de réussir. Il resta le plus immobile possible. Joey sentait ses yeux se sécher, mais peut-être que faire battre ses cils empêcherait Magalie de réussir. Ça devenait long, c’était inutile.

-Pesez plus fort.

Magalie n’essaya même pas de faire ce que Joey lui proposait d’expérimenter. Elle longeait ses doigts sur Joey et tentait, ses sens aux aguets, de réussir ce qu’elle avait appris si facilement dans ses cours. Elle s’immobilisa, chercha longuement, changea pour le pouce. Magalie n’y arrivait tout simplement pas.

-Attendez un instant, je vais aller chercher quelqu’un.

Magalie se leva, laissant Joey seul dans la grande pièce barricadée de paravents. En ouvrant bien ses oreilles, il pouvait entendre dans les piécettes d’à côté. Un homme annonçait un chiffre. Une femme proposait un exercice physique chaque jour. Une autre femme se mettait à rire. Joey était seul dans son placard de paravents. Il devait y avoir une vingtaine de personnes dans la grande salle. C’était bien assez. Les paravents prenaient toute la place. Ça et la lumière grinçante des néons.

Magalie revint avec une femme aux cheveux blancs et noirs. La dame prit place sur la chaise devant Joey qui déposa son bras sur la table.

-Je vais essayer.

La femme essaya ce que Magalie avait fait, mais elle posa aussi son autre main sur le genou de Joey. Les doigts tièdes n’étaient pas délicats. Par contre, ils étaient très agiles. Joey se sentit en confiance avec cette autre dame en blanc.

-Je ne comprends pas pourquoi tu ne réussis pas, Magalie. J’y arrive moi. Essaie encore.

La femme aux cheveux blancs et noirs se leva et Magalie reprit sa place devant Joey. Un néon était bruyant. Magalie posa ses doigts chauds sur Joey, ne quittant pas des yeux ce que faisait sa main. Joey en avait presque assez. Il aurait voulu partir, mais il resta tout de même, se disant qu’il faisait une bonne action. Magalie glissa ses doigts vers la droite, vers la gauche. Elle changea de doigt, puis de main. La femme derrière elle prit la main de Magalie avec douceur. Elle ferma les doigts en poing et laissa se déplier l’index et le majeur. La main de la dame en blanc enveloppait celle de Magalie avec difficulté; pourtant, la main de Magalie était comme un pantin dans celle de la femme. Les doigts de Magalie se posèrent sur Joey et il sentit que quelque chose avait changé chez Magalie. Son regard était plus furtif, elle semblait même trembler. Peut-être que d’avoir demandé à une dame en blanc de venir l’aider n’avait pas été une bonne idée.

-Pesez plus fort.

Joey répétait la consigne avec patience. Il n’était pas un expert en la matière, mais il savait quand même un peu comment ça marchait. Magalie ne réussissait toujours pas.

-Je ne sens vraiment rien.

Joey regarda la dame qui était debout. Elle avait les bras croisés et semblait vouloir répéter à Magalie de peser plus fort. Soudain, Magalie comprit. Elle appuya plus fort sur Joey. Cela ne faisait pas mal et ce n’était pas désagréable. Ce n’était qu’une légère pression, mais Joey savait que Magalie réussirait très bientôt. Il maintint son immobilité avec empressement pour aider la future dame en blanc à réussir.

-Je crois que je sens quelque chose.

La dame en blanc sortit de l’amas de paravents pour laisser Magalie finir le travail seule. Joey fixa Magalie. Elle resta immobile un instant, les yeux rivés sur une aiguille qui tournait dans une minuscule capsule métallique et vitrée. Quelques secondes plus tard, elle fit un calcul rapide. Magalie ajouta de l’information à une feuille et annonça une chose que Joey savait déjà.

En quittant la salle aux paravents, Joey se demanda si, l’an prochain, les étudiantes infirmières de Garneau lui répèteraient que son pouls au poignet était difficile à prendre.


Mise à jour : 26 avril 2010

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